Emmanuel Rouy

Interview Emmanuel ROUY, depuis 2008 chez FRAYSSINET.

Quel est le bilan des années de certification ISO 9001 pour FRAYSSINET ?

Depuis 2005, l’approche processus a introduit un pilotage plus fin du fonctionnement de l’entreprise. Le reporting des pilotes, chacun dans leur domaine de compétences, a pu éclairer régulièrement la direction sur le niveau de performance de leur processus respectif, et ainsi lui permettre d’orienter les énergies vers la correction de la non-qualité. La volonté de nos dirigeants d’améliorer en permanence l’ensemble de notre organisation trouvait là un outil de management approprié et reconnu par les clients. Au bout de 10 ans, je dois reconnaître que la nouvelle version 2015 de l’ISO 9001 et ses évolutions substantielles impulsent un renforcement de nos analyses dans des domaines clés de la qualité : le risque client, le contexte économique élargi de l’activité, la stratégie, la relation à nos parties prenantes et la prise en compte de leurs attentes, la mesure de la performance… En qualité, comme dans bien d’autres domaines, rien n’est jamais acquis définitivement, la remise en question régulière est de rigueur. Le domaine où nous avons le plus progressé, à mon sens, est celui des interactions entre processus. Nous avons su trouver les leviers pour encadrer et accélérer ces interactions.

Quel est le concept qualité clé chez FRAYSSINET ?

La qualité, avant la conformité produit, c’est du management. Un système QUALITÉ chez FRAYSSINET, c’est avant tout du management, donc de l’humain. Mais plus précisément, la particularité de notre management qualité, c’est qu’il repose en permanence sur un pilotage économique et financier. La réalité économique de l’entreprise est connue et intégrée à notre ERP, suivie par les pilotes au travers d’indicateurs définis en connexion avec le contrôle de gestion et reportée régulièrement à la direction administrative et financière. La maîtrise opérationnelle doit éclairer la finance, c’est notre dogme ! Nous pensons que la satisfaction client dépend étroitement de cette maîtrise des coûts, d’une juste prise en compte de la réalité économique de notre activité.

Quel est le fait le plus marquant de ces dernières années en terme de management qualité ?

Un fait déterminant a impacté fortement notre système de management qualité en 2013, et pourtant il ne s’agit pas directement de qualité ! La direction commerciale a en effet convaincu nos deux dirigeants d’engager l’entreprise dans une démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de faire évaluer cette démarche par l’AFNOR. En 2015, nous obtenions le statut d’exemplarité avec 742 points sur 1000 possibles, un score exceptionnel pour un primo-accédant ! Si ce résultat a été atteint si vite, c’est que nous possédions au départ des atouts considérables en termes de développement durable et de RSE. En matière de qualité, le référentiel ISO 26000 nous a aidés à définir notre stratégie à 5 ans, dans un contexte économique très mouvant, avec de nouveaux marchés à risques qui s’offraient à nous. La RSE nous a fait prendre conscience de la chaîne de valeur qui existait au-delà de notre client immédiat. Notre client ultime, le consommateur, occupe aujourd’hui une place majeure dans notre stratégie, dans notre écoute client, car c’est bien lui qui conditionne la vitalité de nos filières commerciales. L’acte le plus symbolique qui illustre cette prise de conscience est le recrutement d’un œnologue parmi nos experts R&D.

La RSE a donc supplanté le management de la qualité ?

En aucun cas ! Elle a été une ouverture, une source d’inspiration pour dynamiser notre système de management qualité. Son approche élargie du client, qui englobe le consommateur, ses méthodes rigoureuses d’identification et de priorisation des actions, des enjeux, des parties prenantes, tout ceci a nourri notre organisation interne. L’ouverture sur l’extérieur par le biais de la relation aux parties prenantes et par une meilleure compréhension des enjeux, des risques et plus largement du contexte économique de notre métier, nous a même préparés au passage à la version 2015 du référentiel ISO 9001 ! L’adoption du nouveau référentiel s’effectuera lors du renouvellement de notre certificat. Si la démarche RSE nous structure au sein de notre écosystème économique, il n’en demeure pas moins que notre système de management de la qualité s’avère nécessaire pour piloter notre organisation interne et maintenir notre efficience à son plus haut niveau.

Vous êtes directeur qualité et membre du comité de pilotage RSE, mais votre casquette de responsable environnement n’apparaît pas explicitement, pour quelle raison ?

En effet, cela provient du fait que l’environnement constitue l’un des trois piliers du développement durable et qu’il est naturellement intégré à notre démarche RSE. Je suis le référent réglementaire sur cette question, il est nécessaire qu’une personne incarne la responsabilité environnementale de notre site industriel car les enjeux sont considérables : si nous ne pouvions pas démontrer à l’autorité administrative (DREAL) que notre site fonctionne en routine sans impact significatif sur l’environnement, nous serions contraints d’arrêter notre activité ! Mais je tiens à souligner que l’environnement est une dimension omniprésente dans le quotidien de la plupart des pilotes (R&D, éthique et réglementation, production, force de vente et marketing…) et qu’ils se trouvent propulsés eux aussi responsables environnement de ce fait. Notre activité est inscrite dans la logique de l’économie circulaire où le retour au sol et la préservation des sols sont des enjeux mondiaux. Rappelons que l’année 2015 a justement été décrétée année des sols à l’ONU, que l’objectif 4/1000 insufflé lors de la COP21 est un objectif de durabilité qui converge parfaitement vers l’objectif de production et de sécurité alimentaire mondiale, que le retour au sol est l’axe privilégié de la valorisation des bio-déchets en Europe, que le sol est un substrat vivant qu’il convient de nourrir dans le respect des équilibres biologiques dont il est le siège. Ce qui anime FRAYSSINET et tous ses pilotes, c’est l’humain, le vivant, c’est ce qui favorise la vie sous toutes ses formes, microbiennes, végétales, animales et en bout de chaîne, humaines ! Pour cela, un environnement plus sain est indispensable, nous en avons la pleine conscience.

Propos recueillis par Jacques Bigorre.

Interview Martine DUFAILLY, Directrice Communication