Gilbert Garapin

Gilbert Garapin Directeur développement liquide Frayssinet, Expert de justice agréé près la Cour d’Appel de ToulouseInterview Gilbert GARAPIN, depuis 2001 chez FRAYSSINET.

– mars 2021 –

 

 « Au lendemain de notre 150ème anniversaire, quatorze interviewes éclairantes ont été réalisées afin de diffuser auprès de nos parties prenantes la démarche d’entreprise responsable que nous développons. Elles ont été effectuées sur base de sincérité et de transparence, piliers de la confiance. Bonne lecture. »

 

POUVEZ-VOUS PRÉSENTER VOTRE PARCOURS ET VOTRE RÔLE AU SEIN DE LA SOCIÉTÉ FRAYSSINET ?

Après des études agronomiques sur la connaissance des molécules organiques et leurs intérêts sur l’amélioration des productions végétales (Thèse de Doctorat, ENSAT 1989), je me suis orienté vers l’industrie des fertilisants organiques. En 2001, j’ai rejoint le service R&D Frayssinet avec pour mission de développer les premiers programmes de recherche sur les biostimulants. Ces travaux nous ont permis d’homologuer le 1er biostimulant des plantes en 2007, et de lancer une gamme de biostimulants nutritionnels pour toutes les cultures.

Cette connaissance, du fonctionnement des plantes et de leurs mécanismes de résistance aux stress environnementaux, nous permet de répondre aux attentes des professionnels du secteur agricole. Ce lien très amont est indispensable afin de proposer de nouveaux itinéraires techniques et solutions adaptées, et de mieux répondre aux enjeux actuels d’une agriculture plus durable.

 

COMMENT ANALYSEZ-VOUS L’ÉVOLUTION AGRONOMIQUE AU COURS DE CES 10 DERNIÈRES ANNÉES ET PEUT-ON IMAGINER UN NOUVEAU MODÈLE AGRONOMIQUE ?

Il est certain que les profonds changements culturels et socio-économiques ont accentué cette prise de conscience sur la nécessité d’une alimentation équilibrée, renforcée par cette urgence environnementale et climatique. De ce fait, le secteur de l’Agriculture Biologique qui restait marginal dans les années 90, s’est depuis développé. Aujourd’hui, les modèles sont effectivement bouleversés, la demande de productions bio en plein développement et l’organisation en réseaux directs entre producteurs et consommateurs en plein essor. Ce regain d’intérêt pour le métier de la terre, que l’on avait perdu après la guerre, semble redynamiser ce secteur avec l’arrivée de jeunes agriculteurs mieux formés et de néo-ruraux apportant de nouvelles idées. Il est évident que nos entreprises de l’agrofourniture devront rapidement comprendre ces changements de marché et s’y adapter, au risque de disparaître par une attitude rigide, arc-boutées sur ces vieux principes. Quant à imaginer un nouveau modèle, il faut se rendre à l’évidence qu’il ne peut y avoir de socle commun, mais une diversité de concepts qui prendront pied dans la culture locale de nos régions, loin des dogmes uniformes imposés, notamment par la distribution.

 

PENSEZ-VOUS QUE L’INDUSTRIE DES FERTILISANTS AIT ENCORE UN AVENIR FACE AU FORT RECYCLAGE DES CO-PRODUITS ORGANIQUES, ACTUELLEMENT ENCOURAGÉ PAR LES INSTANCES ADMINISTRATIVES ?

L’amalgame fait entre la nutrition des cultures et la préservation des sols démontre clairement la méconnaissance du sujet, d’où la nécessité de bien différencier les besoins. De la même façon, la confusion entre la protection des plantes, souvent pointée du doigt par les pesticides et la nutrition des cultures, résumée aux engrais chimiques, est trop souvent entretenue à charge, sans possibilité d’établir un débat contradictoire sur la connaissance de ces produits.

Quoiqu’il en soit, la fertilisation des cultures, telle qu’elle est encore pratiquée dans le monde, souvent excessive dans nos modèles occidentaux et cruellement déficiente dans les pays en voie de développement devrait être mieux encadrée afin de satisfaire cette urgence alimentaire. Le fort développement des populations de Flexitariens en Europe de l’Ouest, estimé à 75 % pour les années à venir, devra nous inciter à augmenter la production de protéines végétales pour satisfaire les besoins de ce marché. Cette évolution aura inévitablement de fortes répercussions sur le marché des protéines animales transformées qui connaitront une forte raréfaction pour le marché des fertilisants organiques. Par ailleurs, l’épuisement de certains gisements non renouvelables, tels que les phosphates, doit nous encourager vers d’autres voies et surtout nous permettre de mieux valoriser les stocks d’éléments nutritionnels déjà présents dans le sol, mais trop souvent inaccessibles aux cultures.

Il est donc nécessaire de revoir nos techniques culturales et d’améliorer l’efficience des fertilisants, même si aujourd’hui la réglementation (décret nitrate, loi LEMA, GRENELLE…) et les besoins nous orientent de plus en plus vers une fertilisation de précision. Dans ce but, il faudra adopter une gestion différenciée, adaptée d’une part à la préservation des sols et d’autre part, aux besoins des cultures.

Cette exigence technique nécessite la mise au point de produits spécifiques, répondant aux objectifs de protection des sols (érosion, lessivage, dégradation de la biodiversité et des équilibres biologiques, stress hydriques) et des aquifères (gestion de la ressource en eau), mais également à la gestion des adventices, sujet d’actualité avec la disparition des herbicides. Ce haut niveau d’exigence requis pour les amendements organiques paraît ainsi en totale contradiction avec l’utilisation des produits organiques provenant du recyclage des déchets verts et autres co-produits. Ces derniers sont en effet caractérisés par une hétérogénéité de leurs constituants, et par les risques que représentent leurs produits de dégradation et de recombinaison dans le temps, totalement ignorés à ce jour !

Concernant les besoins nutritionnels des cultures, l’utilisation généralisée d’engrais issus du recyclage des déchets (boue de station d’épuration, co-produits minéraux d’origine industrielle…) paraît également très éloignée des besoins attendus en termes d’efficience (minéralisation programmée), de positionnement (technologie de localisation des éléments nutritionnels) et d’efficacité (formulation adaptée aux besoins des cultures). D’ailleurs, la recherche s’est orientée ces dernières années vers une plus grande précision d’action, au contact même de la plante et de la graine (coating), imposant des technologies de granulation performantes, telles que celles développées sur les engrais organiques par l’entreprise Frayssinet.

 

QUELLES PERSPECTIVES D’ÉVOLUTION ET D’AMÉLIORATION DES PRODUCTIONS VÉGÉTALES PEUT-ON ATTENDRE EN MATIÈRE D’INNOVATION ?

La connaissance récente des systèmes complexes qui régissent l’équilibre des plantes dans leur environnement permet d’imaginer de nouveaux itinéraires techniques pour l’agriculture, avec pour objectif, l’équilibre environnemental et la sécurité alimentaire. Toutefois, de tels changements, souvent encouragés par les instances administratives nationales et européennes, ne pourront trouver un écho favorable, qu’à l’initiative d’une prise de conscience générale de l’intérêt des agriculteurs pour ces techniques, lesquels, subissent encore trop souvent et dans la contrainte ces nouvelles mesures. Quoiqu’il en soit, il faut être persuadé qu’il ne s’agit plus de faire un choix d’orientation, mais d’une exigence dictée par l’urgence de la préservation des écosystèmes dont nous dépendons.

Dans cette perspective, le raisonnement technique et la précision du diagnostic seront indispensables pour encadrer ces nouvelles mesures. Il ne sera plus question d’appliquer et de gérer séparément les modèles de nutrition et de protection, mais d’adapter de façon globalisée des itinéraires techniques, intégrant la typologie (pédo-climatologique) et la gestion de la parcelle (nutrition, protection) dans son environnement et paysage, avec les orientations culturelles et socio-économiques de l’agriculteur. En d’autres termes, le secteur économique de l’agriculture devrait changer d’échelle, d’une macroéconomie de région définie par ses critères historiques et culturels, déterminant un savoir-faire agricole uniforme, nous devrions assister à une meilleure prise en charge de la notion de territoire, avec ses spécificités géographiques, écologiques, climatiques et humaines.

Le fort développement des biostimulants illustre parfaitement cette nouvelle demande, en réponse à cette urgence.  Cependant, leur encadrement règlementaire souvent imprécis peut engendrer une dérive opportuniste de mise sur le marché, sans précaution préalable de leur usage. Ce constat inquiétant doit nous alerter quant aux risques potentiels qu’il représente, par leur mécanisme d’action et leur l’impact méconnus à moyen et long terme, sur l’homme et les écosystèmes.

À l’opposé de cette tendance opportuniste, très courtermiste, la vision de Frayssinet est profondément ancrée dans ses convictions agronomiques pour une agriculture durable, véritable socle d’identité de la société depuis ses débuts. Avec l’arrivée dans le service R&D Frayssinet de chercheurs reconnus, dans la connaissance des mécanismes complexes régissant la résistance naturelle et la nutrition équilibrée des plantes, notre société a su tisser des liens de confiance avec la profession. Cette loyauté relationnelle, avec des clients historiques depuis plus de 30 ans, démontre clairement leur satisfaction dans la constante qualité de nos produits et solutions novatrices, renforcée par un service technique et scientifique performant.

 

Gilbert Garapin

 

 

Propos recueillis par Thibault Touzeau

 

 

Interview Willy FRAYSSINET, Gérant Organic Production